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Scowl – Are We All Angels

​Avec Are We All Angels, Scowl opère une transformation audacieuse, délaissant en partie ses racines hardcore pour explorer des sonorités plus mélodiques et introspectives. Ce nouvel album, reflète les luttes internes et les questionnements de la chanteuse Kat Moss. Une évolution qui laisse plus de place à la vulnérabilité et à la poésie.

Des ailes et des angles

À ses débuts, Scowl frappait fort. Aujourd’hui, le groupe continue de frapper, mais au plexus. Are We All Angels n’est pas un abandon du hardcore, c’est un décalage. Une volonté de parler autrement, avec une voix plus claire, des arrangements plus ouverts, mais toujours ce feu dans le ventre. Quelque chose s’est fissuré chez Scowl. Un besoin de sortir de l’écrin hardcore pur et dur, de se montrer autrement, plus frontalement vulnérable. Avec Are We All Angels, le groupe californien laisse tomber les blindages et explore un univers moins rugueux mais tout aussi intense, où les émotions se frottent aux sonorités pop, punk et grunge. La rage n’a pas disparu, elle s’exprime autrement, sous une lumière trouble, souvent teintée de doute.

Dès “Special”, le ton est donné : guitare accrocheuse, chant presque sucré, mais des paroles pleines de défiance. Kat Moss y balance un refrain à double tranchant : “I don’t wanna be special/
Just tell them a lie
“. Il s’en dégage un air de nostalgie des années 90 délicieusement envoutant. Ce faux-semblant revient souvent dans le disque. Un miroir tendu, un jeu de rôles qu’elle ne veut plus jouer. Sur “B.A.B.E.”, le contraste entre couplets énervés et refrains pop devient une arme. Scowl joue avec les codes, les détourne, et propose une esthétique hybride, où l’impulsif et l’introspectif cohabitent sans jamais s’annuler.

Entre ciel et cendres

Ce disque, c’est aussi une plongée dans les failles de Kat. Sa voix glisse entre assurance et fragilité, parfois dans un même couplet. Sur “Not Hell, Not Heaven”, elle évoque ces espaces entre-deux où l’on survit sans vraiment vivre. Une volonté d’explorer ce territoire trouble entre illusion et lucidité. Dans une interview accordée à Kerrang!, elle expliquait : “Cet album parle de reprendre le pouvoir tout en acceptant que la douleur a façonné ce que je suis. Je ne cherche pas à être sauvée. Je veux juste qu’on me comprenne.” L’agressivité des premiers jours se fait entendre sur “Fleshed Out”. Elle détonne presque dans cet album.

“Tonight (I’m Afraid)” se distingue par son ambiance plus brumeuse. C’est une chanson qui ne crie pas, mais qui serre la gorge. Une lente descente en soi, où la peur n’est plus une faiblesse mais un révélateur. “You live with all that shame /It never washed away“. Plus loin, “Cellophane” ou “Suffer The Fool (How High Are You?)” prolongent cette tension étrange entre caresse et griffure. “Haunted” porte bien son nom, avec sa mélancolie rampante. Enfin, le titre éponyme clôt l’ensemble comme une question laissée sans réponse, avec un refrain presque spectral. Are We All Angels n’est pas une mue. C’est une mèche allumée sur un autre baril. Plus mélodique, certes, mais jamais tiède. Plus personnel, surtout. Scowl ne joue pas à faire du neuf pour le style, il y a là une nécessité, une urgence, celle de sortir des carcans sans renier l’instinct.

Scowl s’éloigne des dogmes hardcore pour signer un album viscéral, fiévreux et hanté, porté par une voix qui ose enfin tout dire – sans hurler.

Informations

Label : Dead Oceans
Date de sortie : 04/04/2025
Site web : www.facebook.com/Scowl40831

Notre sélection

  • Special
  • Fleshed Out
  • Not Hell, Not Heaven

Note RUL

 4/5

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Marion Dupont
Engagée dans la lutte contre le changement climatique le jour, passionnée de Rock et de Metal le soir !