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Depuis des années, Architects est à l’avant-garde de la scène metalcore mondiale. Avec son nouvel album The Sky, The Earth & All Between, le groupe semble prêt à repousser encore plus loin les limites de sa créativité. Le chanteur Sam Carter nous en parle aujourd’hui.
L’album semble très personnel. Tu te dévoiles dans les paroles et dans ta voix. Dès la première chanson, on sent que tu as énormément travaillé sur ta voix, les différentes nuances que tu atteins. Comment as-tu fait pour arriver à ce résultat ?
Sam Carter (chant) : Beaucoup de travail acharné. Je suis vraiment content que tu l’entendes, ça me touche beaucoup parce que j’y ai mis énormément d’efforts. J’ai travaillé avec une prof de chant pendant un peu plus d’un an, et elle a été très importante et d’une grande aide pour me faire découvrir certaines techniques et sonorités. Mais c’est aussi en travaillant avec Jordan et Dan. Dan connaît ma voix probablement mieux que moi-même, et Jordan est un producteur incroyable. Ensemble, ils ont vraiment su tirer le meilleur de moi. Je pense qu’il est essentiel que ça sonne sincère, émotionnel, vulnérable, que les gens le ressentent. C’est le meilleur moyen de se connecter sur un album : partir d’un endroit honnête. Je crois que les gens peuvent s’identifier à ça.
Une des chansons les plus émouvantes est la dernière, “Chandelier”. Elle a tellement de couches, d’ambiances et d’effets sur la voix, la batterie, la guitare. T’es-tu senti à nu en créant ça ?
Sam : Quand on a commencé à travailler sur cette chanson, c’était intéressant pour moi parce que ça montait doucement en intensité. Dans ma tête, je voulais que tout soit fait, terminé, immédiatement. Donc, le premier jour, je me disais : “C’est trop lent, ça ne devrait pas être comme ça.” On venait de finir des chansons très énergiques. Mais une fois qu’on a trouvé le bon équilibre, on s’est dit que c’était le final parfait pour l’album. On avait déjà “Elegy” pour ouvrir, et “Chandelier” semblait être la fin idéale. Ensuite, il fallait ajuster tout ce qu’il y avait entre les deux. J’adore cette chanson, elle est vraiment vulnérable. Je trouve les vocaux incroyables. J’aime beaucoup le fait que, dans le refrain, on redescende plutôt que d’aller vers une mélodie plus haute, comme c’est souvent le cas. Les couches de production donnent l’impression que je suis juste là. Les voix sont très aériennes. Oui, j’adore cette chanson. C’est vraiment une belle manière de conclure l’album.
En même temps, quand on l’écoute, on imagine bien une version acoustique sur scène.
Sam : Oui, oui, totalement. Je pense qu’en l’écoutant, tu te demandes aussi si la personne qui chante va bien. On sent que la personne est très triste. Quand j’ai fait écouter cette chanson à ma femme pour la première fois, elle a dit que c’était une chanson vraiment lourde. Je pense que beaucoup de gens pourront s’y identifier.
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Ce qui frappe dès les premières écoutes, c’est cette alchimie parfaite entre vous et Jordan. C’est une toute nouvelle façon de produire. Vous êtes amis depuis longtemps, vous avez grandi au même endroit. Comment ça a été de faire un album ensemble ?
Sam : On avait travaillé sur “Doomsday” ensemble, donc on savait qu’il y avait une super connexion. Il nous avait vraiment aidés à élever cette chanson à un autre niveau. Mais tu sais comment c’est avec les groupes, tout le monde est occupé. Il n’avait pas le temps de nous aider quand il était dans Bring Me. Alors, quand il a quitté le groupe et que l’opportunité s’est présentée, c’était une évidence pour nous. On est très similaires, de très bons amis, avec des goûts musicaux proches. Mais surtout, il est incroyablement talentueux et une personne géniale. C’était le moment parfait pour travailler ensemble. Il avait quelque chose à prouver, et nous aussi. Le résultat a été génial. C’était bien d’avoir quelqu’un d’aussi motivé et aligné que nous. Avant, c’était surtout Dan et moi qui poussions les choses. Jordan a vraiment été un plus.
L’auto-production, l’écriture et la production, c’est un sacré défi.
Sam : Oui, mais avoir quelqu’un d’extérieur qui peut t’encourager, ça aide à aller plus loin. On est tous très critiques envers nous-mêmes. Avoir quelqu’un qui te dit : “Tu es excellent dans tel domaine, et on doit mettre ça en avant“, c’est incroyable.
Il t’a poussé à faire des choses que tu n’aurais jamais imaginées ?
Sam : Oui, beaucoup en tant que chanteur. Il a été dur parfois, mais il savait comment obtenir les meilleures prises. Il est super sympa et s’intègre parfaitement avec nous.
Quel a été le morceau le plus difficile à enregistrer ?
Sam : “Landmines” a été assez difficile. Il y a quelque chose dans la tonalité qui rend les couplets compliqués. J’ai plus de facilité à chanter fort et à m’époumoner. Mais “Elegy” a aussi été un gros défi. C’est tellement chaotique vocalement, un vrai TDAH en termes de performance. Il y a tous les types de voix que je peux faire réunis dans un seul morceau. C’est probablement celle dont je suis le plus fier vocalement. Elle montre tout ce que j’ai appris en 20 ans.
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20 ans en tant que chanteur, 11 albums, c’est un long chemin. Mais tu dis que tu ressens toujours le besoin de prouver quelque chose ?
Sam : Oui, encore plus qu’avant. Si tu sors un onzième album, il doit être bon. Il doit être excellent pour capter l’attention des gens. Beaucoup pensent probablement savoir à quoi s’attendre ou ont une idée préconçue de notre groupe. Donc, c’est important de les défier et de rendre cet album le meilleur possible. On est à un très bon moment dans notre carrière. On tourne dans le monde entier, on fait des arènes. La prochaine étape, c’est de devenir tête d’affiche de festivals. Et pour ça, tout doit être parfait. Les vidéos, l’artwork, les chansons… Tout doit être impeccable. Mais ce qui compte vraiment, c’est l’énergie qu’on y met. À 36 ans, je mets plus d’énergie et de passion qu’à 20 ans. C’est probablement parce que ça compte tellement pour moi maintenant, après tout ce temps. Je suis probablement le plus grand fan d’Architects.
C’est la meilleure chose à être !
Sam : Exactement. Je suis vraiment fier de cet album, et du travail et des efforts que tout le monde y a mis. Sinon, à quoi bon ?
On vous a vus plein de fois en concert depuis 12 ans, mais le plus mémorable reste celui où vous ouvriez pour Parkway Drive à La Cigale.
Sam : Ah oui, c’est une belle salle. Je me souviens avoir eu une dispute avec un agent de sécurité ce soir-là. Il y avait du crowdsurfing et ils ne rattrapaient pas les gens. Mais je me rappelle bien de ce concert, parce que c’était peu de temps après ce qui s’était passé au Bataclan. C’était vraiment émouvant de rejouer à Paris après ça, surtout qu’on avait joué au Bataclan avant. C’était la première fois qu’on revenait, et c’était encore très présent dans les esprits. Ce concert avait une charge émotionnelle énorme. La résilience de Paris, ressentir ça dans cette salle, c’était vraiment spécial.
À ce moment-là, la musique semblait essentielle…
Sam : …Pour ramener la vie dans nos vies. J’y pense encore. C’est tellement insensé. Aller à un concert et ne pas rentrer chez soi… C’est inimaginable. On a perdu quelqu’un qu’on connaissait ce jour-là. Il faisait le merchandising pour Eagles of Death Metal, et il avait tourné avec Underøath. Il a perdu la vie ce soir-là. Ça rend tout ça si personnel. Quand tu as été dans ces coulisses, dans cette salle, ça te frappe encore plus. Mais sentir l’esprit de Paris ce soir-là, c’était puissant.
La musique est tellement importante. Elle sauve des vies, c’est sûr. C’est intéressant d’écouter vos textes et tout ce que vous questionnez dans vos vies. On sent que vous avez créé un espace sûr avec Jordan et Dan, assez mûrs pour tout mettre sur la table.
Sam : Dan est le principal parolier, mais il doit tout écrire à travers ma perspective, parce que c’est moi qui chante. Ça doit sonner authentique et crédible. Heureusement, nos vies sont très similaires. Après 20 ans dans un groupe, on vit les mêmes hauts et bas, et on a à peu près le même âge. On a tous les deux eu des problèmes de santé mentale. On a tous les deux traversé la perte de son frère. On en est arrivés à un point où être ouverts et honnêtes est la seule façon qu’on connaît pour gérer ça. Une fois que tu arrives à ce stade de la vie, tu comprends que souffrir en silence est inutile. Il faut s’ouvrir. Je suis en thérapie chaque semaine depuis des années. C’est la seule façon de progresser. La santé mentale, ce n’est jamais “réglé“. Ce n’est pas : “J’ai été déprimé et maintenant ça va.” C’est un processus continu où il faut y travailler régulièrement.
Tout le monde traversera ça à un moment ou à un autre. C’est important d’en parler, de ne pas rester seul. Et j’espère que ça transparaît dans les chansons. J’espère que les gens comprennent qu’ils ne sont pas seuls. Peu importe ton boulot, ta vie, ou ce que les autres pensent que tu devrais avoir. Chacun suit son propre chemin, et il n’est pas nécessaire de se sentir parfait tout le temps.
On espère vraiment que ton message sera transmis. Mais pour en revenir à ce que tu disais sur la perfection nécessaire pour passer à l’étape suivante et devenir tête d’affiche de festivals, peux-tu nous parler de ton nouveau clip ? Il est impressionnant, et tu as travaillé avec l’équipe de Falling In Reverse, c’est ça ?
Sam : Oui. “Ronald”, était l’une des vidéos les plus folles que j’ai jamais vu. C’est juste hallucinant. On voulait absolument travailler avec lui. La façon dont il voit les choses, et ses idées. La veille du tournage, je pensais encore qu’on allait filmer sur fond vert. Et puis on s’est retrouvés dans une centrale électrique en Californie, sur le toit d’un bâtiment immense. J’ai le vertige, j’étais terrifié. Pendant les premières prises, je tremblais. Mais ça en valait la peine. Ce qu’il voyait à travers sa caméra, c’était dingue. On voulait donner le meilleur de nous-mêmes. Avec lui et l’équipe de Spector pour “Whiplash”, on a tout fait pour que ces chansons aient les meilleures chances de succès. Les gens ont adoré.
On imagine que l’étape suivante, c’est de tout recréer sur scène ?
Sam : Oui, malheureusement, on doit apprendre à jouer les chansons maintenant ! C’est plus facile quand tu fais semblant de les jouer. (rires) On vient de finir une semaine de répétitions. Tout se passe bien. On travaille dur, chacun de son côté, pour être prêt. Ensuite, on se rassemble. C’est plus simple qu’avant. On arrive, on joue ensemble, et tout s’aligne. Je ne dirais pas qu’on est des pros, mais on est presque des pros. Ça sonne bien. C’est toujours un peu comme ça pour une première tournée. Tu cherches où respirer, où courir, où te poser. Mais on y arrivera.
Quels sont les groupes qui t’ont impressionné récemment ?
Sam : J’adore Brutus. On les a emmenés en tournée aux États-Unis. Ils seront avec nous en mars. Ils sont incroyables. Ils ne sont que trois, et maintenant on est devenus de très bons amis. Stephanie, leur chanteuse et batteuse, est probablement la meilleure chanteuse que j’ai vue en live. Je les ai découverts à Brighton il y a deux ans, avant de les connaître. J’étais déjà fan de leur album. Puis je suis allé à leur concert, et j’ai été soufflé par ses performances vocales.
Elle est vraiment fascinante.
Sam : Oui, rien que chanter ou jouer de la batterie, c’est incroyable en soi. Mais faire les deux ensemble, c’est hallucinant. À l’époque, je ne les connaissais pas, mais maintenant, ils m’ont raconté qu’ils essayaient de me trouver ce soir-là. Stephanie est une vraie rock star, mais elle ne s’en rend pas compte. Elle est super critique envers elle-même, comme moi. On a une sorte de “club des chanteurs” où on se soutient mutuellement. Elle est incroyable. J’adore leur groupe. C’est pour ça qu’ils sont en tournée avec nous. Leur énergie me motive. J’aime aussi House Of Protection. Jordan a travaillé sur leur album.
C’est pour ça que vous avez décidé de faire un morceau ensemble ?
Sam : Oui, c’était une belle collaboration. On connaît Stephen depuis longtemps. Il était dans FEVER 333 avec Aric, le batteur. On est amis avec lui depuis 2011. J’ai toujours pensé que les collaborations sur un album scellent une amitié pour toujours. Même quand je ne serai plus là, cette chanson existera. Chaque album sur lequel j’ai chanté est une preuve de cette amitié. Quelqu’un achètera ce disque un jour et se dira : “Ils devaient être proches.“
La chanson “Brain Dead” avec House Of Protection a une partie de batterie incroyable. Elle est très technique et attire vraiment l’attention.
Sam : Oui, c’est cool, non ? C’est très fun. J’adore comment cette chanson a évolué. Quand on l’a terminée, on s’est dit qu’elle serait parfaite pour eux. On a créé une partie ensemble avec Jordan, puis on leur a envoyé et ils ont apporté leur touche personnelle, qui a tout élevé d’un cran.
C’est intéressant de créer quelque chose et de le voir évoluer.
Sam : Oui, c’est génial de voir comment ça prend une autre dimension. C’était pareil avec Amira, qui chante sur “Judgement Day”. On avait déjà une bonne base pour cette chanson, mais on lui a laissé une certaine liberté créative. Sa voix est incroyable.
On ne la connaît pas vraiment, mais elle sera au Hellfest. On ira la voir grâce à toi.
Sam : Elle est encore au début de sa carrière. Zach, qui produit nos disques, écrit avec elle et travaille avec elle. Jordan a proposé qu’on collabore avec elle, et au début, on s’est demandé : “Mais qui est-ce ?” Puis, sur le chemin du retour d’un festival, Dan et moi avons écouté son travail en même temps, et on s’est dit : “Wow, c’est vraiment génial.” Je lui ai envoyé un message tout de suite, et elle était très intéressée. Sa performance a tellement de profondeur qu’elle a donné vie à cette chanson.
On aime bien quand vous chantez tous les deux en même temps.
Sam : Oui, c’est super, non ? C’est agréable d’avoir ces contrastes masculin/féminin. Ce pré-refrain est vraiment excellent. J’espère qu’on pourra jouer cette chanson en live avec elle un jour. Ce serait génial.
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Vous allez être très occupés dans les mois à venir. Vous allez jouer avec Linkin Park. Tu as été très soutenant envers Emily.
Sam : Je pense qu’elle est incroyable. C’est une chanteuse phénoménale. Ceux qui la critiquent devraient se taire. Je suis chanteur et fan de Linkin Park, donc je pense avoir mon mot à dire. (rires) Sa performance lors de leur live stream était époustouflante. Et le niveau de pression qu’elle devait ressentir… Pour moi, parfois, l’anxiété avant un concert m’empêche de bien chanter. Mais elle, dans un des plus grands groupes de notre génération, avec tout le monde qui la regarde, a donné une performance vocale incroyable. J’adore leur disque, son timbre de voix. Ce qu’il faut retenir, c’est que tant qu’ils sont heureux, c’est tout ce qui compte.
C’est impressionnant de jouer avec des groupes comme Metallica ou Linkin Park qui attirent des fans de tous horizons musicaux.
Sam : Jouer avec Metallica s’est très bien passé. Leurs fans ont été réceptifs. Quand ils ont vu combien ce moment comptait pour nous, ils nous ont soutenus. Avec Linkin Park, on a probablement plus de points communs. Si tu aimes Linkin Park, il y a des éléments de notre musique que tu pourrais aimer. Dans ces situations, il ne faut pas attendre une réaction particulière. Il faut juste être bon et convaincre les gens. C’est comme une pub YouTube : tu dois les captiver avant qu’ils ne passent à autre chose. On donnera tout.
Et qu’en est-il de la scène musicale anglaise ? Entre Bring Me, Architects, While She Sleeps… Il y a quelque chose dans l’eau ?
Sam : Oui, l’Angleterre est en forme en ce moment. Il y a aussi Sleep Token. Je pense qu’on est un pays qui adore la musique, particulièrement le rock. Des Beatles à Oasis, en passant par Led Zeppelin, c’est dans notre ADN. Nous et Bring Me, on a grandi ensemble, et on s’est fait un nom ensemble. Il y a encore une scène incroyable, même si on ne la voit plus autant qu’avant.
Pour finir, notre média s’appelle RockUrLife. Donc question traditionnelle : qu’est-ce qui rock ta life, Sam ?
Sam : Mes chiens. Ils sont ma vie. Deux rescapés de Roumanie. Ma vie tourne autour d’eux, et ma femme dirait probablement la même chose. Ils sont formidables. Je fais de mon mieux pour aider des associations de secours pour chiens. Ils donnent tellement. J’essaie juste de leur rendre.
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