
À quelques semaines du marathon de Paris, nous nous rendons à l’Accor Arena pour un autre style d’exercice d’endurance. Pour sa tournée Loserville, Limp Bizkit a en effet concocté un plateau comprenant pas moins de 4 premières parties (!!!). Pour vous résumer tout ça le plus simplement possible, nous avons donc décidé de prendre le contrepieds en revenant sur cette soirée à la façon de Kyan Khojandi. Bref, on vous raconte Limp Bizkit.
N8NOFACE
J’avais 20 ans lorsque j’ai vu Limp Bizkit en live pour la première fois. J’étais puriste, avec un soupçon de dédain pour ceux qui ne connaissaient que “Behind Blue Eyes”. J’étais capable d’arriver quatre heures avant pour être à la barrière. Aujourd’hui, je ne suis plus étudiant, j’ai un boulot et je loupe la première première partie KAREN DIO.
Généralement, quand tu as plusieurs premières parties, celle du début est la moins bien. Après avoir vu la seconde, je me dis que ça devait vraiment être quelque chose. Car si je venais voir Fred Durst, je me suis retrouvé avec Fuckin’ Fred. Mais sa version américaine : un certain N8NOFACE. Il était seul. Avec un micro. Et un laptop. Il nous confie à mi-parcours que c’était sa première date à l’étranger. Ça nous a pas surpris.
Le type crie. Lance la musique. Crie. Recouvre sa tête de son T-shirt. Touche son looper. Autour de moi, tout le monde est médusé, mais bon esprit. La partie centrale va même jusqu’à l’acclamer. Ça a l’air de le toucher. Il remercie tout le monde, déclare avoir conscience que c’est différent de la tête d’affiche. Pour ça, il est lucide. Après une demi-heure de presta complètement aléatoire, il s’en va, nous laissant débattre pour savoir si c’était du second ou du millième degré. On ne sait pas, mais on est prêts à parier qu’il n’est pas pour rien dans la thématique régressive du soir.
Ecca Vandal
Dans un concert, il y a toujours ceux qui sont prêts à pogoter à tout prix. Peu importe le style et la musique. Au moins, avec ECCA VANDAL, ils sont bien tombés. Déjà, la chanteuse est accompagnée de vrais musiciens. Bon point. Ensuite, le son est complètement massif. Le bassiste/guitariste se déchaîne, en réponse au style très métissé de la chanteuse.
À un moment, on pense avoir identifié son genre (“c’est bon, c’est du hip hop avec des guitares“). L’instant d’après, on doute (“c’est punk quand même. Peut-être plus du Amyl And The Sniffers ?“). Genre, vraiment (“Ah non, je sais : Shaka Ponk !“). C’est frais, charismatique, et ça transpire l’envie, au point de finir aux barrières à faire crier les premiers rangs. Une chose est sûre, ça fait du bien, et nous met doucement en jambe pour du neo metal.
Bones
Pour annoncer la suite, un MC est monté sur scène. Il a crié. Il a gesticulé. Il a chauffé la salle. Enfin… Il a surtout chauffé les gobelets. Y en a eu partout : dans les airs, sur les gens, sur moi. Puis le rideau s’est levé. Scénographie ? Un crâne géant. De la fumée. Deux mecs qui rappent. Le groupe s’appelle BONES : bravo, DA respectée.
Alors OK, Limp Bizkit rappe aussi. Mais on dirait que personne n’a jugé utile de prévenir que 90% du public est composé de metalleux. Les morceaux s’enchaînent, mais tout tombe assez à plat. Même beat. Même ton. Le flow est crépusculaire. Comme un coucher de soleil, mais sous Lexomil. J’ai regardé le public. Les gens regardaient leurs chaussures. Ou leur bière. Ou le plafond. Pas sûr que ce souvenir de Bones fasse de vieux os…
Limp Bizkit
Allez, plus que quelques minutes et on passera aux choses sérieuses. Je scrute la foule plus en détail. (#TakeALookAround). J’aperçois des T-shirts Slipknot ou Linkin Park. Et des casquettes. Rouges. Beaucoup de casquettes rouges. L’intégralité du cosplay des kool kids 2000 est bien présente. Sauf que désormais, beaucoup se rapprochent dangereusement de la coupe de cheveux de Fred Durst. Enfin, à l’époque. Car après avoir été chauve à son prime, il s’est dit que ce serait le bon moment pour arborer une imposante perruque frisée.
Le rideau se lève. Enfin, ça va commencer. Raté… À la place, on a droit à un décor ambiance Vice City, version néons 2000, et un nouveau rappeur qui fait son entrée : RIFF RAFF. Il débite son flow à toute vitesse et suscite plus d’intérêt en trois minutes que Bones en une demi-heure. Sur scène, pendant ce temps, un type se balade tranquillement à bord d’une mini-voiture. On ne sait pas pourquoi, mais on comprend que le quota de moments WTF vient d’être officiellement rempli.
Et là, sans prévenir, ça commence pour de vrai. LIMP BIZKIT arrive. Pas d’intro mielleuse, pas de discours. Le groupe balance “Break Stuff” d’entrée de jeu. Le ton est donné. C’est violent, c’est précis, c’est exactement ce qu’on était venu chercher. La voix de Fred est impeccable, rien n’a bougé. Wes Borland débarque dans un accoutrement mi-gladiateur romain, mi-cyberpunk. Le maquillage est toujours aussi loufoque, mais la guitare, elle, est chirurgicale. Aux platines, DJ Lethal chauffe la foule avec des scratches et des samples bien sentis.
Bref, les kinés auront du boulot
Quand “My Generation” arrive, la salle explose. La tension monte, le public hurle le pont à capella, prêt à partir en pogo massif. Et juste à ce moment-là, Fred s’arrête. Lève les mains. Puis lâche un petit “non, non, non” avec un sourire en coin. Il le sait. Il nous tient dans sa main, qu’il relâche pour un final explosif.
Niveau puissance, “Livin’ It Up” n’est pas en reste. Impossible de ne pas sauter, hurler, tout oublier. Ce break est vraiment indémodable. Pas de répit, avec “Take A Look Around” (aka la B.O. de Mission Impossible) débarque et enfonce le clou. Massif, iconique, toujours aussi efficace. Puis c’est “Nookie” qui revient du passé sans une seule ride. “Les filles, n’écoutez pas les rumeurs disant que je fais juste ça pour les “Nookie”“. Sur le moment, j’ai pas compris. J’ai été voir sur Google Traduction, j’ai découvert, après quinze ans d’écoutes, que Nookie voulait dire “partie de jambes en l’air“. Je suis content de comprendre la ref. Je suis encore plus content de ne pas l’avoir marqué au blanco sur ma trousse en cours d’Anglais de quatrième.
Fun fact : à un moment, deux jeunes filles sont montées sur scène pour chanter (et screamer !) sur “Full Nelson”. Quand on a vu arriver l’une d’elle avec un chapeau (de hot dog !), on s’est dit que ça allait être mignon. Quand elle a entamé un scream, on ne se le disait plus du tout. La fille au chapeau envoyait. À la réflexion, peut-on faire plus Limp Bizkit que ce moment ? En tout cas, elles ont assurée. Je suis à peu près sûr que mon moi de 15 ans ne rendait pas aussi bien devant sa glace.
Bref, les hommes vieillissent, pas les tubes
Et comme si ça ne suffisait pas, “Rollin” arrive. Quasi incognito, comme si c’était juste une chanson parmi d’autres. Mais Bercy ne s’y trompe pas. C’est “Rollin”. Le sol tremble encore. Mes oreilles aussi. On enchaîne avec “Behind Blue Eyes” pour souffler un peu. Les lumières s’adoucissent, les flashs de téléphones remplacent les pogos. “C’est une chanson d’un groupe qui s’appelle The Who. Vous connaissez ?“. Il a vraiment une voix sympa, Fred, sur les reprises calmes. Puis, surprise : une reprise de Nirvana, “Heart-Shaped Box”. Il a vraiment une voix sympa, Fred, sur les reprises énergiques.
Petit creux ensuite avec “Gold Cobra” et “Re-Arranged”. Moins d’intensité, les pauses sont un peu trop marquées. Et puis, twist final : la session George Michael. Une tentative de karaoké, puis la vraie reprise : “Faith”. Après ce petit coup de mou, on sent que personne ne connait les paroles, mais tout le monde veut remettre la machine à pogo en marche. Et là, pour finir en beauté, ils remettent “Break Stuff”. Oui, encore. Cette fois, lumière allumée. Circle pit géant. Dernier round. KO général.
Au final, on a eu tout ce qu’on était venus chercher : des tubes en rafale. Des surprises. Des pogos, du fun, de la nostalgie. Et ce sentiment unique d’avoir 15 ans à nouveau, juste le temps d’un concert.
Bref, j’ai vu Limp Bizkit. Et j’ai kiffé.

































































